Le Théâtre pour la Paix à Mogadiscio

Ridwaan Hassan Abdi, un jeune Somalien est retourné à Mogadiscio après plusieurs années passées dans les camps pour réfugiés dans le Kenya avoisinant. Ridwaan a pris avec lui ses aptitudes spéciales pour promouvoir la paix, des capacités qu’il a acquises grâce aux formations délivrées par IREX Europe en Drama for Conflict Transformation (Le Théâtre pour la Transformation des Conflits) lorsqu’il participait à nos formations au camp pour réfugiés de Hagadera dans le Dadaab au Kenya en Décembre 2010.

Ridwaan délivre désormais ses propres cours de théâtre à Mogadiscio en utilisant le curriculum Somalien du programme de Théâtre pour la Transformation des Conflits (TTC) d’IREX Europe. Ridwaan fait partie des 20 adultes somaliens entrainés en TTC et qui ont menés des formations de théâtre pour des jeunes dans des communautés somaliennes au Kenya (Nairobi, Mombasa et le camp pour réfugiés du Dadaab) entre le 2010 et le 2012, avec le financement de l’Office des Affaires Etrangères et du Commonwealth du Royaume Uni (FCO). IREX Europe délivra une série de programmes de formations de formateurs (FoF – Training of Trainers), en utilisant le curriculum somalien de TTC pour former des adultes somaliens à être des experts somaliens en TTC, y compris Ridwaan, pour qu’ils puissent mener des ateliers de théâtre pour des jeunes. Ces ateliers apprennent aux jeunes à travailler en harmonie sans tenir compte du genre ou d’origine de clan et à développer les capacités pour analyser et trouver des solutions pour les problèmes communautaires auxquels ils sont confrontés. A son retour en Somali, Ridwaan a trouvé que ses compétences étaient particulièrement relatives au contexte des localités nouvellement libérées à Mogadiscio. Il a formé trois filles de sa communauté et par la suite ils ont ensemble formés une équipe qui entraina 15 filles avec la méthodologie somalienne de TTC. Ridwaan indiqua que ‘à l’origine, c’était difficile car le concept n’avait jamais été utilisé en Somali, particulièrement à Mogadiscio mais maintenant cela s’améliore grâce à des réunions régulières.’

Le groupe fonctionne sur une base purement volontaire avec le soutien de la communauté à Mogadiscio et est en train de générer beaucoup d’intérêt chez les jeunes, particulièrement chez les jeunes filles, pour les formations théâtrales. L’avantage de la méthodologie du théâtre pour la paix est qu’elle a un coup de fonctionnement très bas. Les formations peuvent se tenir n’importe où – dans les écoles, dehors, ou dans les endroits de prières. On a seulement besoin d’un formateur formé and des coûts minimes pour les costumes et la scène, qui peuvent généralement provenir de matériaux que nous avons tous à la maison. Les différentes communautés ont toutes reçu de façon positive les pièces de théâtres, développées par les jeunes et présentées aux communautés, car ces pièces sont divertissantes et engagent les spectateurs à traiter de sujets et de problématiques auxquels ils font face tous les jours. C’est une méthode qui permet à chaque membre de la communauté de participer et de proposer une solution créative à une problématique communautaire compliquée.

La méthodologie est efficace pour entrer en contact avec des jeunes vivant dans des endroits en post-conflit et qui sont divisés par des problématiques liées au genre, l’ethnicité, ou encore les clans. Le contrôle et l’évaluation de notre travail en matière de théâtre participatif pour la paix avec les communautés somaliennes a montré que cette méthodologie attire des spectateurs en grand nombres et d’origines diverses et permet donc de créer un ‘effet de solidarité communautaire’. IREX Europe a utilisé avec succès cette méthodologie avec les communautés somaliennes au Kenya et en Somaliland, ainsi qu’avec des jeunes en Asie Centrale et en Indonésie.

Le secteur culturel somalien, une fois vibrant, a été largement détruit et beaucoup de poètes, d’écrivains et d’artistes talentueux ont quitté le pays. L’absence d’une structure gouvernementale pour coordonner la gestion de la propriété culturelle et le patrimoine du pays a aggravé le déclin du secteur, ayant comme conséquence la perte de la mémoire culturelle du pays. Les efforts faits par la société civile, les donneurs, et les artistes somaliens ont, jusqu’ici, eu des résultats variables : par exemple, la réouverture en Mars 2012 du Théâtre National Somalien malgré son manque de toiture et les résidus de tirs à l’arme sur les murs a malheureusement été suivi d’une attaque suicide qui tuera 6 personnes. La prohibition de la musique par Al Shabaab a créé un environnement particulièrement difficile pour les musiciens et chanteurs qui, malgré l’amélioration de l’environnement sécuritaire du pays, demeurent dans une situation de risque et d’extrême violence, en particulier pour les groupes de musique connus comme Waayaha Cusub. Pourtant, malgré ces difficultés, les acteurs du secteur culturel somalien estiment que la route vers la paix se fera à travers une unité culturelle plutôt qu’une solution militaire.

Les efforts de Ridwaan et des autres acteurs culturels somaliens doivent ainsi impérativement être soutenus.



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Pourquoi la culture devrait-elle être soutenue en Somalia?

Intégrer la culture dans la politique de développement est essentiel pour combattre les difficultés actuelles liées au développement. Cette constatation est une opinion qui devient largement reconnue grâce à sa connexion avec le développement humain et la liberté and s’insérera surement dans l’agenda Post-2015 en tant que dimension culturelle (ou quatrième pilier) du développement humain durable. La culture est un élément essentiel pour la formation de l’identité et la construction des nations et étend la confiance culturelle de pays anciennement colonisés et leurs diasporas. Les industries culturelles valent également l’investissement en raison des retours qu’ils sont susceptibles de générer en matière de création d’emploi, nouvelles et indigènes, de production et d’export.
Dans les sociétés de post-conflit, il existe des preuves de la nécessité de restaurer immédiatement le patrimoine endommagé par la guerre et de raviver les traditions qui étaient devenues obsolètes à cause de la guerre. Ceci répond au grand besoin psychologique de rétablir le familier et le chéri, d’établir une continuité dans le rythme des journées quotidiennes qui ont été affectées par la guerre. Dans de telles situations, le rôle crucial de la culture doit être reconnu et incorporé dans le processus de transition et de guérison post-conflit.

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